Question posée à l'assemblée par M. N. Dupont-Aignan (UMP)
DÉFENSE DE LA LANGUE
FRANÇAISE
M. Nicolas Dupont-Aignan - Le
Gouvernement s'apprête à approuver le protocole de
Londres relatif au brevet européen, qui mettrait fin
à l'obligation de traduire un brevet dans la langue
du pays où il est déposé. Cela ne manquera pas
d'avoir de graves conséquences pour notre économie,
l'anglais s'imposant alors comme langue unique de la
technologie, pour le plus grand bénéfice des
entreprises américaines et japonaises. Mais les
conséquences seront aussi juridiques, seul le texte
anglais faisant désormais foi -en dépit de la
traduction minimale suggérée par le rapport Vianès-
et linguistiques évidemment : pourra-t-on
défendre la francophonie dans le monde quand on
l'abandonne chez soi ? Il y a loin de vos
discours à vos actes, Monsieur le Premier
ministre ! Vous qui êtes si soucieux de la
défense des langues régionales, serez-vous aussi
énergique pour défendre le français ?
(Applaudissements
sur les bancs du groupe du RPR, du groupe DL et du
groupe UDF)
M. Laurent
Fabius,
ministre de l'économie, des finances
et de l'industrie -
Cette
question a été suivie surtout par M. Pierret,
mais en son absence je vous répondrai volontiers. La
situation des brevets n'est pas bonne en
France : les brevets y sont trop chers, déposés
tardivement, et cela tient notamment à des
obligations linguistiques qui se retournent contre
notre industrie. S'agissant du protocole de Londres,
on pouvait certes refuser tout accord, mais nous
n'aurions pu empêcher alors que tous les brevets
soient déposés en anglais. Nous pouvions aussi
conditionner notre accord à certaines stipulations.
Tel était le sens du rapport Vianès, et c'est la
solution qui a été retenue en accord avec le Premier
ministre. Certes on n'exigera pas la traduction
intégrale du brevet -qui peut comporter des centaines
de pages- mais de sa partie essentielle. Cette
solution devrait permettre de rattraper notre retard
en matière de brevets, tout en défendant la langue
française (Applaudissements
sur les bancs du groupe
socialiste).
Avis de l'Académie Française
AVIS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
du
21 juin 2001
SUR LE PROJET DE RÉFORME DU BREVET EUROPÉEN
Mieux protéger la
recherche française en diminuant le coût des brevets,
nul ne contestera cet objectif des plus légitimes.
Mais le projet d'accord discuté à Londres ne nous
semble pas emprunter la bonne voie. Non content de
remettre en cause des principes considérés comme
fondamentaux par notre pays, il se trompe de
bataille. Le français étant la langue de la
République, la France ne peut accepter que des textes
en langues étrangères aient force de droit sur son
territoire.
De même, elle ne peut admettre la perte de statut
international qu'entraînerait, pour la langue
française, la signature du protocole. En fait, par le
biais des brevets, se trouve une nouvelle fois posée
la question que nul n'ose aborder de front : quelle
langue, quelles langues doit parler l'Europe ?
Question centrale, question décisive, question
politique s'il en est et qu'on ne peut trancher
morceau par morceau, dossier par dossier, guidé par
le seul souci de la commodité pratique. D'autres
méthodes existent pour soutenir l'innovation
française. Économiser sur les traductions, c'est non
seulement mettre en péril les langues nationales,
mais aussi amputer la plus irremplaçable richesse de
notre continent : sa diversité.
Pour ces raisons, l'Académie française demande
solennellement aux pouvoirs publics de ne pas signer
le projet de protocole discuté à
Londres.