Ce n’est pas en ratifiant le protocole de Londres que la France assurera son « retour » en Europe
Au mépris
de notre tradition institutionnelle (qui veut, depuis
François Ier, que l'unique langue reconnue et
utilisée par l’Etat est le français), de la
protestation de plus de 200 parlementaires toutes
étiquettes confondues et de l'hostilité unanime des
institutions autorisées (Conseil supérieur de la
propriété intellectuelle, Académie des sciences
morales et politiques, Académie française...), le
gouvernement de Lionel Jospin a signé en juin 2001 un
protocole (dit « de Londres »
) dont la
mise en œuvre consacrerait davantage
l'hégémonie de l'anglais dans la vie économique
française et européenne. En effet, dans ce système,
les brevets n’auraient plus l’obligation
d’être traduits en français pour
s’appliquer dans notre pays.
Depuis, avec beaucoup d’autres de droite comme
de gauche, j’en ai combattu la ratification au
Parlement, régulièrement remise à l’ordre du
jour sous la pression des milieux d’affaires,
français, communautaires et internationaux. Le
Président Chirac a lui-même manifesté à plusieurs
reprises son opposition à ce protocole.
Aujourd’hui,
ce dossier resurgit une fois de plus, porté cette
fois directement par Valérie Pécresse et Jean-Pierre
Jouyet. Les deux ministres invoquent la modernisation
économique de la France et la relance de la
construction européenne (Le
Monde daté du
11 juillet 2007). Qu’on ne s’y trompe
pas, ces deux arguments sont des leurres, qui
masquent en réalité la volonté de certains intérêts
privés d’imposer l’anglais comme unique
lange des affaires. Le gouvernement doit-il céder ou
défendre notre premier bien commun, le
français ?
Une
précision préalable : le protocole de Londres
n’est en aucune sorte lié à des engagements au
sein de l’UE, il s’agit d’un accord
interétatique que chaque pays peut, ou non, ratifier
en toute souveraineté. Inutile, donc, de se
retrancher derrière l'alibi communautaire ni derrière
le prétexte d'un isolement de la France en Europe,
nombre de nos partenaires résolus à défendre leur
propre langue et leur économie (Italie, Espagne,
Belgique, Portugal et Autriche) ayant trouvé, eux, la
force morale de refuser le funeste protocole.
Funeste
car les brevets déposés par les entreprises
n'auraient plus l'obligation d'être rédigés dans la
langue du pays où ils s'appliquent. Résultat, ces
dernières privilégiant par souci de commodité la
langue dominante, le protocole de Londres
aggraverait de
facto la
suprématie de l'anglais.
Au plan
économique d'abord : comment ignorer que
l'anglais deviendrait l'unique langue de référence en
matière technique et industrielle au détriment de la
capacité d'innovation des sociétés françaises,
notamment les PME qui ne peuvent consacrer
autant de temps et d’argent à la surveillance
et à la traduction de l’avalanche de brevets en
anglais qui s’imposeraient tout à coup à elles
? N'oublions pas non plus le rude coup porté au
français en lui-même : faire tomber en désuétude
notre langue dans la désignation des nouveautés
scientifiques et techniques, serait admettre sans le
dire la perte progressive de son statut
international. Au total, ce serait ni plus ni moins
accepter d'en faire à moyen terme une langue morte.
Juridiquement,
ensuite. Le brevet étant un contrat générateur de
droits opposables à tous, il va de soi que nos
compatriotes pâtiraient d'une inégalité en terme
d'accès à l'information. Quant aux traductions
résumées dont se chargerait à ses propres frais
l'Institut national de la propriété industrielle,
elles ne pèseraient rien en droit face au texte
d'origine en anglais. De plus, le coût de traduction,
jusqu'à présent assumé par les entreprises
elles-mêmes, serait indirectement supporté par la
collectivité, dispensant les multinationales
étrangères des dépenses correspondantes, dérisoires
au regard de leurs moyens financiers. Enfin, source
de confusion, ces traductions a minima conduiraient
fatalement à des querelles byzantines et à
d'interminables conflits d'interprétation juridique,
sans même parler de la perspective effrayante de
confier à la Cour Européenne de Justice la mission de
trancher les litiges afférents.
Enfin, la
mise en œuvre de ce protocole constituerait un
formidable appel d’air pour tous les brevets
des firmes américaines et asiatiques, qui
n’attendent que cela. En effet, la culture
d’entreprise anglo-saxonne s’inscrit dans
une logique de prédation juridique, qui conduit les
firmes à multiplier tous azimuts le dépôt de brevets,
dans l’espoir d’étouffer la concurrence.
L’application du protocole de Londres leur
permettrait de faire acquérir force de loi à des
dizaines de milliers de brevets que l’obstacle
de la langue (le coût des traductions) a
jusqu’à présent tenu à distance. Avec ce brevet
européen, l’accroissement des conflits
juridiques serait sans fin, disqualifiant peu à peu
les avocats d’affaires de langue française
(puisque les textes seraient pensés et rédigés en
anglais), puis à terme les ingénieurs français dans
nos propres entreprises (ceux-ci ne pouvant
comprendre la réalité des inventions et procédés
décrite dans la langue de Shakespeare).
« La
France est de retour en Europe ! » proclame
le gouvernement. Pourtant, ce n’est pas en
laminant le français et notre économie pour faire
plaisir à quelques multinationales et au MEDEF,
qu’il servira cette noble
cause.
Nicolas
DUPONT-AIGNAN
Député
non-inscrit de l'Essonne
Président
de Debout la République.
Question écrite du député K. Mesquida
KLEBER MESQUIDA
Député de l'Hérault
1er Vice-président du Conseil Général
Maire de Saint-Pons de Thomières
Béziers,
le 21 février 2006
- QUESTION ECRITE -
Kléber MESQUIDA souhaite
attirer l’attention de M. le
Ministre de l’éducation nationale, de
l’enseignement supérieur et de la
recherche à
propos de l’amendement déposé par M. FOURGOUS
créant un article additionnel ratifiant le Protocole
de Londres, et adopté en commission des finances le
1er
février
2006.
Selon ce projet, les huit Etats signataires du
Protocole (la France, le Royaume uni,
l’Allemagne, la Slovénie, Monaco,
l’Islande, la Lituanie, le Danemark) devraient
renoncer à exiger la traduction de brevets dans leur
langue nationale pour que le brevet européen produise
ses effets juridiques sur leurs territoires
respectifs. Les déposants choisiraient librement
l’une des trois langues officielles :
allemand, anglais ou français. Mais ce dispositif qui
semble conserver le français comme langue officielle,
la marginalise en favorisant la suprématie de
l’anglais avec pour conséquence la domination
des entreprises américaines et japonaises (premiers
déposants de brevets au monde) mais également du
droit et pratiques anglo-saxonnes. En totale
contradiction avec l’article 2 de la
constitution, cette disposition accélèrerait et
généraliserait un mouvement faisant de la langue
anglaise la langue unique de la technologie et de
l’industrie. Ce qui laisse présager que
derrière l’enjeu de la langue se cache un autre
enjeu plus grave de politique industrielle et
technologique néfaste à notre pays.
Aussi, il lui demande de prendre les mesures pour
retirer l’article additionnel après
l’article 5 du projet de loi de programme pour
la recherche et ne pas ratifier l’accord de
Londres.
Réponse du député C. Vanneste (UMP)
Monsieur le Président,
Sachez que je suis vigilant à ce que le Protocole de Londres ne soit pas adopté!
Merci d'être ainsi vigilant pour la défense de la francophonie et de la Recherche.
Bien à vous
Christian VANNESTE
Député du Nord
Question écrite posée par A. DULAIT (UC)
Langue de rédaction des brevets
Ministère de dépôt: Industrie
Question écrite Nº 03580 du 31/10/2002 page 2532 sans réponse posée par DULAIT (André
Question écrite posée par J-L DUPONT (RI)
Traduction en anglais des brevets européens et droit anglo-saxon appliqué à la propriété industrielle
Ministère de dépôt: Affaires étrangères
Question écrite Nº 03576 du 31/10/2002 page 2520 sans réponse posée par DUPONT (Jean-Léonce) du groupe RI .
Question posée à l'assemblée par M. N. Dupont-Aignan (UMP)
DÉFENSE DE LA LANGUE
FRANÇAISE
M. Nicolas Dupont-Aignan - Le
Gouvernement s'apprête à approuver le protocole de
Londres relatif au brevet européen, qui mettrait fin
à l'obligation de traduire un brevet dans la langue
du pays où il est déposé. Cela ne manquera pas
d'avoir de graves conséquences pour notre économie,
l'anglais s'imposant alors comme langue unique de la
technologie, pour le plus grand bénéfice des
entreprises américaines et japonaises. Mais les
conséquences seront aussi juridiques, seul le texte
anglais faisant désormais foi -en dépit de la
traduction minimale suggérée par le rapport Vianès-
et linguistiques évidemment : pourra-t-on
défendre la francophonie dans le monde quand on
l'abandonne chez soi ? Il y a loin de vos
discours à vos actes, Monsieur le Premier
ministre ! Vous qui êtes si soucieux de la
défense des langues régionales, serez-vous aussi
énergique pour défendre le français ?
(Applaudissements
sur les bancs du groupe du RPR, du groupe DL et du
groupe UDF)
M. Laurent
Fabius,
ministre de l'économie, des finances
et de l'industrie -
Cette
question a été suivie surtout par M. Pierret,
mais en son absence je vous répondrai volontiers. La
situation des brevets n'est pas bonne en
France : les brevets y sont trop chers, déposés
tardivement, et cela tient notamment à des
obligations linguistiques qui se retournent contre
notre industrie. S'agissant du protocole de Londres,
on pouvait certes refuser tout accord, mais nous
n'aurions pu empêcher alors que tous les brevets
soient déposés en anglais. Nous pouvions aussi
conditionner notre accord à certaines stipulations.
Tel était le sens du rapport Vianès, et c'est la
solution qui a été retenue en accord avec le Premier
ministre. Certes on n'exigera pas la traduction
intégrale du brevet -qui peut comporter des centaines
de pages- mais de sa partie essentielle. Cette
solution devrait permettre de rattraper notre retard
en matière de brevets, tout en défendant la langue
française (Applaudissements
sur les bancs du groupe
socialiste).
Question écrite Nº 26892 posée par J.P. RAFFARIN
Projet d'abandon de la traduction en français des brevets européens
Ministère de dépôt: Industrie
Question écrite Nº 26892 du 20/07/2000 page 2552 avec réponse posée par RAFFARIN (Jean- Pierre) du groupe RI .
Ministère de réponse: Industrie - Publiée dans le JO Sénat du 16/11/2000 page 3932.
Réponse.
- Le brevet est un titre qui permet à l'auteur d'une invention d'empêcher quiconque de l'exploiter sans son autorisation. C'est un élément très important de promotion de l'innovation. Le brevet européen, qui unifie la délivrance des brevets pour dix-neuf pays, fonctionne bien, mais se protéger dans toute l'Europe demeure très cher, alors qu'aux Etats-Unis ou au Japon, la délivrance des brevets est rapide et peu coûteuse. Le brevet est un pari sur l'avenir, car son auteur ne peut savoir par avance si une invention sera rentable ou non. Il est donc nécessaire de breveter assez vite et assez largement ses inventions. Pour cela, il faut que le coût d'entrée dans le brevet européen ne soit pas dissuasif pour le rendre largement accessible, notamment aux PME, aux organismes de recherche ou encore aux inventeurs indépendants. Cet objectif de réduction des coûts des brevets a été poursuivi de plusieurs façons, en particulier par la diminution de moitié, en janvier 2000, de la taxe de recherche pour le brevet français qui constitue souvent un préalable à une extension en brevet européen. Concernant le brevet européen, la France a lancé en 1999 une conférence intergouvernementale des Etats membres de l'Organisation européenne des brevets (OEB), qui s'est tenue à Paris les 24 et 25 juin 1999.
L'objectif poursuivi était, d'une part, de réduire les coûts d'obtention des brevets européens, d'autre part d'améliorer leur sécurité juridique. Cette initiative s'inscrit plus largement dans la politique du Gouvernement en faveur de l'innovation, dont l'accès au brevet en général - et au brevet européen en particulier - n'est qu'un élément. Cette conférence intergouvernementale a mandaté un groupe de travail pour faire des propositions visant à la réduction de 50 % des coûts liés aux traductions, qui représentent le premier poste de coût d'obtention d'un brevet européen. Lors des travaux du groupe, il est apparu que la recommandation initialement promue par la France, qui reposait sur la limitation des exigences de traduction à la seule production d'une traduction partielle, était combattue par la plupart des Etats. En revanche, s'est dessiné un mouvement en faveur de l'abandon complet des exigences de traduction, pour peu que le brevet soit disponible en anglais. La France s'est élevée contre cette approche préjudiciable à la langue française, qui aurait de plus constitué un précédent pour la négociation du brevet communautaire.
Une proposition de compromis a été trouvée sous la forme d'un accord facultatif pour les Etats. Par cet accord, les Etats signataires ayant une langue en commun avec l'OEB (allemand, anglais, français) renonceraient à exiger des déposants la traduction des brevets européens. Les autres pays signataires de l'accord auraient la faculté de désigner une langue officielle de l'OEB, et de ne pas exiger de traduction dès lors que le brevet serait disponible en cette langue. L'accord prévoit en outre que tout pays peut continuer à exiger la traduction des revendications. Si la France était partie à l'accord, elle ferait naturellement usage de cette faculté. Concrètement, il ne serait plus exigé du déposant la traduction en français de l'intégralité des brevets européens délivrés dans une autre langue que le français, mais uniquement la traduction des revendications, conformément à la convention de 1973 instituant le brevet européen. Par ailleurs, un tel accord ne peut être signé que si sa compatibilité avec la constitution est claire et s'il assure à la langue française un traitement équitable par rapport aux autres langues officielles de l'OEB.
Le Conseil d'Etat, saisi pour avis par le Premier ministre, a estimé que le projet d'accord n'est pas en lui-même contraire à l'article 2 de la Constitution, qui stipule que la langue de la République est le français. Pour que la France puisse être partie à cet accord, il a été jugé nécessaire que la traduction des revendications mais aussi des descriptions puissent toujours être disponibles en français. Il est donc prévu que si la France se joignait à cet accord, elle s'astreindrait à fournir la traduction des descriptions des brevets, sous maîtrise d'ouvrage de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI), afin de maintenir la disponibilité en langue française des brevets européens. Pour les déposants français - entreprises, chercheurs, parfois simples particuliers -, ce projet d'accord limiterait considérablement le coût et la complexité d'un outil indispensable.
Vis-à-vis de la langue française, il affirmerait la prééminence des trois langues de l'OEB, dont le français fait partie, avec l'anglais et l'allemand. Ce projet d'accord suscite cependant depuis plusieurs mois des interrogations et de réelles inquiétudes en France, notamment de la part des parlementaires et des professionnels de la propriété industrielle. Le Gouvernement est conscient des préoccupations ainsi soulevées et entend donc ne signer l'accord que si l'intérêt général en est parfaitement établi et s'il suscite une large adhésion permettant d'envisager sereinement sa ratification. Lors de la seconde conférence intergouvernementale qui s'est tenue les 16 et 17 octobre 2000 à Londres, le Gouvernement a donc annoncé que la France ne pouvait à ce jour envisager la signature de l'accord proposé. Il a ainsi rappelé que son objectif était de parvenir à une réduction notable des coûts d'obtention des brevets tout en préservant la place de la langue française dans le système européen des brevets.
A Londres, huit Etats ont signé l'accord (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Monaco, Liechtenstein), et cinq ont annoncé qu'ils ne signeront pas l'accord (Portugal, Grèce, Italie, Espagne, Finlande). Deux autres Etats, la Belgique et le Luxembourg, ont annoncé leur intention de se joindre aux premiers signataires. Les autres Etats membres (Chypre, Irlande, Autriche) réservent leur position mais n'excluent pas de signer ultérieurement. Pour sa part, le Gouvernement français a décidé de poursuivre les consultations, en sollicitant toute les parties intéressées : parlementaires et élus, entreprises et chercheurs, avocats, conseils en propriété industrielle, académies, etc. Le Gouvernement s'appuiera sur cette concertation pour arrêter sa position à l'égard de l'accord, au plus tard le 30 juin 2001.
Question écrite posée par le député A. Gérin
Question écrite du 11 juillet 2000 sur
l’obligation de traduire les brevets européens
en français
Monsieur
André GERIN attire l’attention du secrétaire
d’Etat à l’industrie sur
l’obligation de traduire des brevets européens
en français.
La Compagnie nationale des conseils en propreté
industrielle s’alarme de la décision du
gouvernement français de signer un accord
intergouvernemental sur la fin de cette obligation.
En juin 1999, les professionnels et les représentants
de l’Etat avaient trouvé un compromis en
traduisant une partie du brevet correspondant à la
partie signifiante de sa description. Cela
permettrait de réduire les coûts de traduction tout
en maintenant l’obligation.
Si cet accord est signé, cela donnera une position
prédominante à l’anglais, préjudiciable aux
autres langues et à la francophonie. Cela aura des
conséquences préjudiciables en termes industriels et
économiques pour les PME-PMI françaises. Les
positions anglo-saxonnes et les multinationales
auront un appui supplémentaire en écartant
l’accès au brevet des autres entreprises.
Le député demande au secrétaire d’Etat quelle
mesure entend prendre le gouvernement pour respecter
l’accord de juin 1999.