•LEMONDE.FR |
03.03.03 | 20h23
•MIS A JOUR LE 03.03.03 | 20h26
L'UE se dote d'un "brevet communautaire" unique
Ce brevet unique
doit encourager l'innovation dans l'Union européenne en
abaissant fortement ses coûts d'obtention, actuellement
bien plus élevés qu'aux Etats-Unis ou au Japon.
Europe
Après des années de tergiversations, les Quinze sont
parvenus, lundi 3 mars à Bruxelles, à un accord sur la
création d'un brevet communautaire, qui permettra aux
inventeurs d'obtenir un brevet unique valable dans toute
l'Union européenne (UE). Ce compromis doit être entériné
officiellement par les chefs d'Etat et de gouvernement des
Quinze lors du prochain sommet européen de Bruxelles, les
20 et 21 mars.
Le brevet communautaire, attendu depuis trente ans par
les industriels, mais sur lequel les Européens n'avaient
jamais réussi à s'entendre, vise à encourager l'innovation
en Europe en abaissant fortement ses coûts d'obtention,
actuellement trois à cinq fois plus élevés qu'aux
Etats-Unis ou au Japon. "L'adoption du brevet était une
priorité pour améliorer la compétitivité de l'économie
européenne" , a renchéri le commissaire européen au marché
intérieur, Frits Bolkestein. L'accord offrira surtout une
sécurité juridique en instituant, après une période
transitoire jusque 2010, un tribunal spécialisé unique à
Luxembourg.
Le brevet communautaire sera délivré à partir de 2005 par
l'office européen des brevets (OEB) de Munich (Allemagne).
Il cohabitera avec le brevet dit "européen", accordé depuis
1973 par l'OEB. Ce brevet "européen" s'appliquait dans les
pays choisis par le demandeur. Mais il n'empêchait pas
chaque Etat membre de pouvoir exiger sa traduction complète
dans sa langue, pour le valider sur son territoire. En
outre, les tribunaux nationaux restaient compétents en cas
de litige. "Le titulaire du brevet communautaire n'aura
plus, pour faire reconnaître ses droits, à intenter une
action judiciaire par pays avec le délai, les coûts et les
risques de jugement contradictoires que cela impliquait",
s'est félicitée la ministre française déléguée à
l'industrie, Nicole Fontaine.
Actuellement un brevet "européen" typique (applicable dans
huit Etats membres) coûte environ 50 000 euros, dont 25 %
pour les traductions, alors que dans la pratique celles-ci
sont rarement consultées, l'anglais étant la langue des
brevets.
Le compromis trouvé diviserait les coûts par deux en ayant
recours seulement aux trois langues de travail de l'OEB -
anglais, français ou allemand - pour la demande de
brevet, qui protège
aussitôt l'inventeur. Seules les "revendications" - les
trois pages qui constituent le cœur juridique du
brevet - et non la description intégrale de l'invention
devront être ensuite traduites dans toutes les langues de
l'UE, une fois le brevet officiellement délivré, plusieurs
années après.
Le compromis a pu être conclu grâce à l'Allemagne, où sont
actuellement jugés 50 % des litiges européens, soit
plusieurs milliers d'affaires. Berlin a accepté de
dessaisir à terme ses trois tribunaux spécialisés, au
profit d'une chambre qui sera créée à la Cour européenne de
justice de Luxembourg et officiera en 2010, à l'issue de la
période transitoire.
"L'Allemagne est le pays où l'on dépose le plus de brevets
et en même temps pour les industriels le plus gros marché,
celui où ils acceptent le moins de voir leurs produits
contrefaits , a expliqué un expert européen. C'est la
première fois que la Cour européenne réglera des litiges de
droit privé" , a-t-il souligné. Les juridictions nationales
resteront néanmoins compétentes pour les conflits sur les
brevets purement nationaux.
Avec AFP